Ce texte nous a été proposé par une ancienne habitante de Colomars, qui très émue d’avoir appris par la presse, la tragique disparition d’une de ses anciennes voisines a mis du temps avant de pouvoir raconter cet épisode douloureux.
Il m’a fallu plusieurs mois avant de pouvoir écrire ces quelques lignes tant, c’est avec stupeur et beaucoup de tristesse que j’ai lu dans le journal le décès de ma voisine, à Colomars, où j’ai habité pendant 40 ans.
Au-delà de ma peine et de mon ressenti, cette tragique histoire m’a donné à réfléchir sur combien tout a changé au cours de ces années. Afin de ne blesser personne, ni de ne mettre en cause qui que ce soit, je n’évoquerai pas d’éléments trop personnels qui appartiennent désormais au passé.
J’habitais la dernière maison d’un hameau entouré de restanques, où les oliviers centenaires occupaient les lieux. Des chemins de servitude entretenus, traversaient nos propriétés et parfois les délimitaient, si bien que l’œil en les parcourant, admirait le paysage cultivé, soigné, dont on ne voyait pas les limites, mais seulement ici et là dans la verdure et la pente, les toits rouges des maisons.
Je revois les petites grand-mères, assises sur leurs chaises au bord de la route, qui surveillaient les enfants (ou plutôt leurs fenêtres quand les enfants jouaient au ballon…) ou bien l’emplacement des voitures. Elles papotaient tout en tricotant, faisaient du crochet ou du raccommodage. Certes les commérages allaient bon train, mais une certaine solidarité existait bel et bien. On se demandait si on avait vu untel ou untelle, on s’inquiétait de fenêtres restées closes, ou de volets qui battaient, et de la santé des uns et des autres.
Oh tout n’était pas idyllique ! des conflits, des disputes éclataient parfois mais en général ce n’était pas du chacun pour soi.
Tout cela a disparu petit à petit au cours de deux générations : cantonnier à la retraite non remplacé, vol de poireaux dans un jardin, (ce fut le premier clos) panneau sens interdit, et sans la moindre autorisation, l’obstruction du chemin desservant le vallon où passe le canal de la Vésubie. Les conditions de vie ont changé. On part le matin on rentre le soir, sans prendre garde à ce qui se passe aux alentours, et puis on ne se mêle pas des affaires des autres, un petit bonjour par ci, par là et rien de plus.
En quarante ans comme ce lieu a changé ! Changement d’époque, changement d’habitants, autres mœurs.
De ce temps-là je garde la nostalgie de la beauté des espaces naturels, grignotés à présent par de nouvelles propriétés, et celle du partage et de l’entraide.
Aujourd’hui, chacun a ses propres centres d’intérêt, ses propres préoccupations, ses propres problèmes, ses activités et finalement, au motif de ne pas être curieux, de ne pas déranger, de ne pas être intrusif, on oublie juste la nécessité de l’échange, de la solidarité et de la vigilance discrète entre voisins.
.Ma voisine a été retrouvée plusieurs jours après sa mort. Cette histoire-là, somme toute banale, reste gravée en moi, limpide et terrible à la fois. »
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