Samedi 16 mars, l’association Vésubie Valdeblore l’avenir* organisait une conférence sur l’eau (ressource et aléa) conduite par Jean-Marc Lardeaux, professeur de géologie à l’université de la Côte d’Azur, chercheur au sein de l’Unité de Recherches « Géoazur », devant un public d’une cinquantaine de personnes attentives à l’avenir de la vallée.
Le dérèglement climatique s’est enclenché à partir du 19ème siècle. La responsabilité du 21e siècle est de tenter de limiter la hausse de la température moyenne du globe à + 2 ° pour les 30 ans à venir.
L’eau
A l’échelle du globe 97 % des eaux de surface sont stockées dans les océans, 2 % dans les glaces et 1 % dans les eaux souterraines qui constituent la principale ressource d’eau potable.
L’eau est donc une ressource rare qui est stockée dans différents types de réservoirs, appelés nappes phréatiques. En surface les nappes alluviales – là où il y a le plus d’eau qui circule – sont fragiles car sujettes à des pollutions. Les types de nappes dépendent des caractéristiques géologiques (nature et structure des roches) de la région considérée. Dans les Alpes Maritimes il n’existe pas de grands aquifères bien individualisés, mais seulement des aquifères superficiels discontinus, parfois segmentés. De plus la topographie régionale juxtapose les Alpes, une chaîne récente avec de forts reliefs, et un océan jeune, la Méditerranée occidentale. Il en résulte de très fortes pentes. Tous ces facteurs font que l’eau est peu stockée en profondeur et à tendance à partir rapidement en mer.
Les Alpes Maritimes n’ont donc pas de grosses ressources en eau mais bénéficient d’une bonne moyenne pluriannuelle de précipitations. La surveillance de la quantité et de la qualité de l’eau est donc un enjeu majeur, et différents organismes ou associations participent à ces missions (Agence de l’eau, BRGM, SMIAGE (voir site internet), Observatoire Départemental de l’eau, Fédération des Alpes-Maritimes pour la pêche et la protection du milieu aquatique…).
Le dérèglement climatique et ses conséquences
S’adapter aux nouvelles conditions climatiques, c’est économiser l’eau par un comportement individuel et des choix collectifs : selon les régions 20 à 40% de l’eau potable est perdue dans les réseaux de distribution
… La France reste encore un pays européen où des villes sont nettoyées à l’eau potable !
En zones de montagnes comme le haut pays des Alpes Maritimes, il faut retrouver les sources anciennes délaissées ; récupérer et stocker une partie des excès d’eau qui s’écoulent directement en mer en période de forte pluviométrie, si possible avec des méthodes de stockages évitant l’évaporation.
La hausse de la température mondiale devrait varier de 1,4 à 5,8 ° à l’horizon 2040. L’eau de mer se dilate, s’y ajoute la fonte des glaces continentales pour arriver à + 7 m de niveau moyen des océans. Pour ce qui concerne notre département, le risque majeur lié à l’eau est la fréquence et l’intensité accrues des évènements extrêmes (vagues de chaleur, fortes précipitations, tempêtes, inondations).
Réponses au changement climatique
- L’adaptation : En montagne, et en particulier dans le massif de l’Argentera-Mercantour, les masses d’eau (« avalanches d’eau ») peuvent dévaler des parois verticales, souvent affectées par des failles, en emportant une charge sédimentaire de grande ampleur : arbres, blocs de roches, …. Dans le cas de la tempête Alex, cette charge a surcreusé et élargit le lit de plusieurs rivières. Alex s’est comporté comme un glacier en érodant profondément les vallées. Aujourd’hui il ne faut surtout pas combler ces vallées car, dans la topographie actuelle, elles peuvent faciliter l’évacuation des cumuls de pluie et de la charge sédimentaire d’un futur événement de type Alex/Aline.
- L’anticipation : développer les systèmes d’alertes rapides déjà existants, faire connaître aux populations les « bons gestes » (populariser les documents mis en ligne par le SMIAGE, sensibiliser les enfants dans les écoles, ils sont en effet souvent les meilleurs ambassadeurs auprès de leurs parents).
- La résilience avec une gestion post crise la plus efficace
Quelques idées simples
- Ne pas construire en zone inondable, périmètre du lit majeur
- Garder les vallées creusées et élargies à la condition ABSOLUE de nettoyer les berges pour éviter la mise en mouvement des blocs et débris
- Renforcer SYMETRIQUEMENT les berges pour éviter les impulsions chocs induites de l’eau et l’effet rebond
- Réhabiliter les canaux qui ont disparu, les entretenir
- Faire un état des lieux des affluents des principales rivières et les nettoyer en cas de besoins.
- Redéfinir, en fonction de l’évolution climatique, les zones de protection et d’aménagement des territoires montagneux, sous la responsabilité des services de l’Etat et en lien avec les régions et les départements. Obtenir de l’Etat des moyens supplémentaires afin de mieux comprendre, et donc prévenir, les risques liés au manque ou à l’excès d’eau. Le plan prévisionnel des risques d’inondation est en cours…
- Accroitre et améliorer la surveillance des glissements de terrains, dont la fréquence peu s’intensifier. On peut s’attendre à ce que les sociétés d’assurance intègrent dans leurs tarifs le risque.
L’association Vésubie Valdeblore, l’avenir
Créée suite aux 900 signatures de l’Appel au Préfet des A.M., elle a pour objet d’agir pour l’information et la concertation des valléens pour les travaux de reconstruction consécutifs aux tempêtes et aléas climatiques et plus largement pour l’avenir de la vallée
Les responsables rendaient compte de leur audience en préfecture et des actions en cours : demande de rencontre avec le responsable local des équipements de la Métropole et du Smiage et interventions auprès des maires afin que les citoyens soient informés et concertés sur les travaux en cours. Une trentaine d’adhésions ont été enregistrées.
Conférence disponible par mail sur simple demande à vesubievaldeblore.lavenir@orange.fr. Notre association remercie le Professeur Jean-Marc Lardeaux de son autorisation.
(*) Association Vésubie Valdeblore l’Avenir, 204 av Henri Verdeil 06450 St Martin Vésubie Mail : vesubievaldeblore.lavenir@orange.fr