Années 50, Le travail des femmes

Pour bien se représenter quelle était la nature du travail des femmes dans les années 50, Il faut se replacer dans le contexte de l’après-guerre, où Colomars était fait de petits hameaux regroupant des familles, à vocation agricole. Les cultures étaient pour la plupart composées d’oliviers, de vignes, et de cultures maraichères soit pour les besoins personnels des familles soit pour être vendues. Aucune route n’était goudronnée, et les déplacements locaux se faisaient tous à pied, en charrette, certaines familles possédaient des vieilles camionnettes datant de l’avant-guerre. Comme toute la périphérie de Nice, notre commune contribuait à alimenter les Niçois(es).
La journée des femmes commençait par allumer le feu de la cuisinière et faire chauffer le café et les aliments. La cuisine était la pièce principale avec l’accès à l’eau : un seul robinet sur un évier, les toilettes se faisaient dans cette pièce. Les cuisines étaient équipées essentiellement de cuisinières à bois. Certaines familles possédaient un réchaud à gaz butane qu’elles utilisaient de façon économe.

Cuisinière "rustique" des années 50
Cuisinière des années 50

Les WC appelés «coumun» étaient souvent collectifs pour tout le regroupement d’habitations. Pour la lessive il y avait un lavoir et un «pairòu», ensemble en fonte composé en bas d’un foyer pour faire le feu et chauffer environ 50 litres d’eau pour faire bouillir la lessive.

un «pairòu»

Elles faisaient deux types de lessive, les lessives du petit linge au lavoir à raison d’une fois par semaine pour ne pas trop user le linge, et les grandes lessives mensuelles pour les draps et autres linges devant être bouillis. Le linge était savonné au savon de Marseille et battu sur le rebord du lavoir, rincé et étendu. Leurs mains étaient rouges et crevassées, elles les soignaient comme elles pouvaient en les frottant avec des zestes d’oranges ou de citrons.
Certaines femmes de Colomars s’étaient professionnalisées, elles faisaient la lessive pour les hôtels de Nice, dans des conditions de réalisation et de livraison extrêmement difficiles.
Les familles étaient parfois nombreuses, il fallait préparer les enfants pour aller à l’école, les faire déjeuner et voir s’ils n’avaient rien oublié. S’occuper des enfants était entièrement dévolu aux femmes
Puis c’était le moment de s’occuper du poulailler, des clapiers et autres animaux, plusieurs familles possédaient encore des cochons, des ânes ou des mulets, des vaches.
Les femmes avaient aussi la gestion et l’entretien du potager, plantation, semis, arrosage, désherbage, voire les semis sous châssis pour les plantations de production.
Elles préparaient le panier du casse-croûte du midi pour ceux qui travaillaient les terres les plus éloignées de la maison, et elles avaient la charge d’apporter sur place ces paniers.
Elles avaient une part très active aux travaux agricoles. Au fil des saisons ce sont elles qui effectuaient l’effeuillage et le désherbage des vignes, l’herbe et la nourriture pour les animaux et surtout, la récolte des olives par terre, à genoux. Souvent accompagnées de femmes de l’arrière-pays comme journalières, c’était un travail extrêmement pénible, dans le froid, sans gants (récolte de mi-octobre à décembre) On raconte que pour se donner du courage, elles répandaient par terre des figues sèches, qu’elles mangeaient au fil de leur progression.
Pour le travail des champs les plus anciennes portaient de longues robes souvent foncées. Elles avaient des culottes fendues «braiéta» à des fins de «commodités champêtres». Elles avaient toujours un genre d’écharpe dont elles se servaient pour porter sur la tête des fagots de bois ou des «fai» d’herbe pour les lapins. Elles faisaient parfois plusieurs kilomètres de leur campagne au domicile par des sentiers. Ce mode de portage leur permettait de tenir d’une main, l’équilibre du fagot, et de l’autre un panier ou un bâton pour s’aider à marcher.
Le travail domestique et la préparation des repas étaient rythmés par le cycle des saisons. Elles devaient respecter la règle patriarcale, que quand leur mari arrivait, fatigué des travaux des champs, le repas devait être prêt.
Venait ensuite la vaisselle à la main, les ustensiles de cuisson étaient souvent récurés au sable, ou des cendres avec de la saponaire. Puis la veillée avec raccommodage, tricotage, broderie, crochet…
Il y avait aussi après la messe, les repas du dimanche avec réception des familles, qui étaient l’occasion de manger de la viande, poulet, lapin, daube et raviolis. Elles mettaient toute leur application pour réussir ce moment familial, alors que les maris étaient à la chasse ou au bar.
C’était en fait les premières levées et les dernières couchées.
Les «chefs de famille» et surtout «les doyens» prenaient les grandes décisions : moment des opérations agricoles semis, tailles, labours etc…mais aussi pour les mariages, les ventes et achats de terrain ou autres grands investissements familiaux.
Même si c’était l’homme qui annonçait les décisions, certaines femmes n’étaient pas étrangères à la décision, et, dans le cas où une femme était la doyenne, c’est elle qui imposait les décisions.
Nos pensées vont vers ces femmes, nos mères ou nos grand-mères pour les traces qu’elles ont laissées dans nos familles. Nous leur sommes très reconnaissants pour tout ce qu’elles ont fait, car nous n’avons aucun mal à imaginer ce qu’elles ont enduré.
Merci Mesdames.

Pour les personnes qui souhaitent témoigner de cette époque, et nous dire comment cela se passait dans leurs familles : «contact@-colomars.eu»